Abstention record aux législatives, un mois après l'élection de Macron — France

Oui, La République en marche va remporter haut la main les élections législatives dimanche prochain - le second tour sera immanquablement la confirmation du premier. Le précédent record d'abstention datait de 2012, avec 42,78%.

Les candidats, investis très tard mais soigneusement encadrés par le parti, ont mené une campagne-éclair, surfant sur la vague de l'élection d'Emmanuel Macron pour combler leur déficit de notoriété. "Ensuite, ils ne veulent pas empêcher Emmanuel Macron d'avoir sa majorité, même s'ils ne sont pas d'accord avec ses idées, et parce qu'ils pensent qu'il a déjà gagné".

Selon les projections par sièges, REM et son allié du MoDem raviraient dimanche prochain entre 400 et 455 des 577 sièges, très largement au-dessus de la majorité absolue (289 élus).

"Pour la troisième fois consécutive (NDLR: après les deux tours de la présidentielle), vous avez été des millions à confirmer votre attachement au projet de renouvellement, de rassemblement et de reconquête du président de la République", a souligné le Premier ministre Edouard Philippe. Parmi eux, Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, arrivé en tête dans l'Eure avec 45% des voix, Marielle de Sarnez, ministre des Affaires européennes, créditée de 41,27% des voix dans la 11e circonscription de Paris, ou encore Richard Ferrand, le ministre de la Cohésion des territoires, qui a obtenu 33,93% des voix dans la 6e circonscription du Finistère.

Il n'y a finalement que la ministre des Outre-mer, Annick Girardin, (41,59 %) qui se trouve dans une position délicate, en tête mais ex-aequo avec Stéphane Lenormand (parti Archipel Demain). Il a mis en garde contre le risque de "l'unanimisme" au Parlement. La recomposition politique voulue par Emmanuel Macron n'est donc plus une vue de l'esprit mais bien une réalité qui s'imposera au lendemain du second tour de ces législatives.

Le patron du PS, éliminé à Paris, fait partie du cortège des battus, avec les anciens ministres Mathias Fekl, Pascale Boistard, Aurélie Filipetti, François Lamy. D'autres sont en ballottage très défavorable, comme Najat Vallaud-Belkacem. Le mouvement obtiendrait 10 à 23 fauteuils à l'Assemblée, PCF inclus.

Sur la longue liste des candidats présentés par La République en marche, seuls deux ont été élus dès le premier tour. Mais Les Républicains et l'UDI, qui espéraient priver le nouveau président Macron de majorité, voient cet objectif s'éloigner.

Au final, 529 représentants ayant postulé en ligne ont été désignés, dont la moitié de femmes et seulement 28 parlementaires sortants, cinq critères édictés par Emmanuel Macron ayant guidé les choix de la commission d'investiture: "parité", "renouvellement", "probité", "pluralisme politique " et "adhésion au projet " présidentiel.

Le chef de file des Républicains François Baroin - la droite terminerait avec 80 à 132 élus LR et UDI - a lui appelé à la mobilisation pour éviter que les pouvoirs soient "concentrés" dans "un seul et même parti". Quant au Front national, un mois après son score record au second tour de la présidentielle, il obtiendrait seulement 1 à 10 sièges, contre 2 lors de la précédente législature.

Le Front national est également en net retrait par rapport au premier tour de la présidentielle. Elle a choisi de contre-attaquer sur le "taux d'abstention catastrophique" qui "pose la question du mode de scrutin" majoritaire. Avec 51,29%, jamais l'abstention n'avait été aussi forte à un scrutin législatif dans l'histoire de la Ve République.

Selon Frédéric Dabi, directeur adjoint de l'Ifop, cette abstention élevée "n'est pas une véritable surprise" dans la mesure où l'on observe, "depuis 20 ans, une baisse régulière du taux de participation" aux législatives. "Les électeurs ont le sentiment que les jeux sont faits après la présidentielle, et se disent 'à quoi bon aller voter'", ajoute Frédéric Dabi.

Au-delà de ces résultats prévus et annoncés par les sondages durant les quinze derniers jours, le principal enseignement du premier tour des élections législatives a révélé un certain ras le bol des Français, ce que le premier secrétaire du Parti socialiste a nommé dimanche soir "une fatigue démocratique ".

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