Theresa May fragilisée — Législatives britanniques

Avec 318 députés, le Parti conservateur est arrivé en tête du scrutin mais a perdu douze sièges tandis que l'opposition travailliste dispose de 262 députés, selon les résultats définitifs publié après la défaite des conservateurs dans leur bastion de Kensington, ultime affront porté à Theresa May.

Ce revers électoral ajoute une dose importante d'incertitude aux négociations du Brexit qui doivent débuter dans dix jours. Poussée vers la sortie par son rival travailliste Jeremy Corbyn, mais aussi par quelques membres de sa majorité, Theresa May a décidé de rester à la tête du gouvernement. Il a estimé que les négociations sur le Brexit devaient s'enclencher comme prévu. Les travaillistes, menés par Jeremy Corbyn, auraient quant à eux remporté 261 sièges, soit 31 de plus qu'aux dernières élections en 2015 [Le Monde]. Dans un discours proclamé vers 4 h 30 du matin, elle a déclaré que le pays a "besoin d'une période de stabilité" [Le Monde].

Elle doit s'exprimer à nouveau dans la matinée. Elle en sort décrédibilisée, pressée de démissionner, et devra compter sur le soutien du petit parti unioniste d'Irlande du nord DUP pour gouverner.

Dans le même temps, la monnaie britannique connaissait une chute brutale dans la matinée, jusqu'à -1,8% face au dollar. La Bourse de Londres a quant à elle ouvert en hausse de 0,60%, les grandes multinationales cotées sur ce marché profitant de l'affaiblissement de la livre.

"Il travaillera pour protéger notre pays et faire en sorte de mettre en oeuvre les changements que j'ai proposés à la suite des attentats effroyables de Manchester et Londres", a-t-elle dit. La Commission européenne "est prête, elle, à ouvrir les négociations", a-t-il réaffirmé. À Paris, le Premier ministre Edouard Philippe a jugé que ces résultats étaient "une forme de surprise" mais qu'ils ne remettaient pas "en cause" le Brexit.

Un nouveau Parlement mais pas de nouveau gouvernement au Royaume-Uni après les élections.

Toute l'approche du Brexit est remise en question.

Si Theresa May s'accroche, les commentateurs s'accordent à dire que sa position reste éminemment précaire. Elle pourrait aboutir au résultat inverse.

L'onde de choc des législatives a également touché l?Écosse, où les indépendantistes du SNP essuient de lourdes pertes, n'ayant plus que 35 députés contre 56 avant le scrutin. Leur numéro 2, Angus Robertson, est battu.

"'C'est assez catastrophique, c'est une très mauvaise nouvelle pour Nicola Sturgeon [la Première ministre écossaise] et sa revendication d'un deuxième référendum' sur l'indépendance de l'Ecosse", estime Iain Begg, enseignant-chercheur attaché à l'Institut européen de la London School of Economics [Le Monde].

Seul parti résolument europhile, les Libéraux-Démocrates, qui ont désormais 12 sièges (quatre de plus) ont prévenu dès jeudi soir qu'il n'y aurait "pas de coalition". "Si le resserrement spectaculaire des sondages avant le vote avait introduit un élément de doute, la plupart des investisseurs n'envisageaient aucun autre scénario que celui d'une victoire pure et simple du Parti Conservateur". Les dirigeants européens pensaient également qu'en renforçant sa majorité au Parlement, elle serait mieux en même de résister à la pression des tenants de la ligne dure de son parti.

"Je suis tellement contente, c'est une véritable vengeance pour nous", s'est réjouie Sarah Holmes, 26 ans, fêtant le bon résultat du Labour dans un bar de Londres.

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