Après un sommet marathon, l'Europe s'accorde sur un plan de relance historique

2020 à 16h49Mis à jour le 21 juil. Emmanuel Macron ne cachait pas sa satisfaction, mardi matin, à l'issue de l'adoption par l'UE d'un plan de relance historique prévoyant un endettement commun des 27 pays. Il a été immédiatement salué par les marchés, en hausse, et par la présidente de la BCE, Christine Lagarde, pour qui " l'UE se rassemble et progresse ". Ces quatre pays s'opposent notamment à l'idée de recourir à des subventions pour venir en aide aux pays, régions et secteurs les plus touchés par la crise du coronavirus.

"Interrogé sur la question des masques, dans le cadre de lutte contre la pandémie de coronavirus, Emmanuel Macron a affirmé que le contribuable français n'avait " pas vocation à payer des masques " pour tout le monde, mais ceux qui ne peuvent pas en acheter seront " aidés ", alors que des voix se sont élevées ces derniers jours pour demander la gratuité.

En plus de leur opposition au plan de relance européen, les pays frugaux réclament également le maintien de la réduction de leur participation au budget européen: l'Allemagne, l'Autriche, les Pays-Bas et la Suède avaient obtenu, lorsque le Royaume-Uni avait réclamé un rabais sur sa contribution au budget européen en 1984, de ne pas avoir à compenser totalement ce manque à gagner.

Cet accord ouvre la voie à l'émission, par la Commission européenne, de plusieurs centaines de milliards d'euros de dette commune au nom des Etats de l'UE, une première dans l'histoire de la construction européenne.

Si les autres "frugaux" n'ont pas suivi M. Rutte sur le droit de veto, ils conservent leurs réticences, en particulier sur l'enveloppe des subventions, qu'ils veulent réduire.

Certes l'on dira qu'il est normal que chaque pays - surtout quand il est " petit " défende avant tout sa gamelle, mais s'il n'existe pas un minimum de compréhension commune qu'aucun Etat membre - même parmi les plus puissants-, ne peut s'en sortir seul en ignorant superbement les ruines du voisin, alors y a-t-il encore une Europe possible? L'Italie crie aussi victoire. Les Pays-Bas, autre "frugal" (ou "pingre"), bénéficieraient quant à eux grandement d'un maintien de la part de droits de douane que les États sont autorisés à garder, alors que la Commission, et Charles Michel, proposaient de revoir à la baisse ce pourcentage pour renflouer le budget européen.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz a souligné que son pays rejetait "clairement la proposition actuelle". "Il y a une reprise, il nous faut être très vigilants", a précisé le président. Dans un contexte de défiance vis-à-vis des chiffres publics, un des enjeux pour l'exécutif sera d'en montrer les retombées concrètes et utiles en France pour l'emploi.

De sources concordantes, le dîner a été mouvementé, marqué par le haussement de ton d'Emmanuel Macron pour dénoncer la mauvaise volonté et les "incohérences" des frugaux.

A l'heure des comptes, le constat est double pour le président français et la chancelière allemande. Le chef d'Etat a fait référence à "des taxes sur lesquelles nous nous battons depuis plusieurs années", comme celle sur les géants du numérique.

Dans le même temps, en Argentine, le gouvernement a annoncé, malgré un taux élevé de contamination, l'assouplissement du confinement dans la capitale Buenos Aires, où le quartier touristique de La Boca, célèbre pour ses maisons colorées et son stade, animé en temps normal par des danseurs de tango sur les trottoirs, est "mort" après quatre mois de confinement. La réaction, mardi, de Mark Rutte, sonnait ainsi comme un rendez-vous au prochain round. "Cet accord va je pense être vu comme un moment historique dans le parcours de l'Europe", a dit Michel.

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